Nous sommes arrivés à Charleston hier ; petite bourgade de 80 000 Habitants. Nous avons
entrepris de faire un “petit tour” autour de l’hôtel. Nous avons vu une petite ville magnifique
avec ses rues arborées et fraiches bordées de maisons coloniales très bien entretenues. C’est “LA” ville sudiste par excellence avec ses petites maisons coloniales en bois magnifiques. Tout y est très bien entretenu. Devant les maisons, des petites lumières de gaz restent allumées, donnant à la ville un côté retour dans le passé, que l’on ressent dans les villes-musées.

Nous nous sommes promenés deux bonnes heures. Nous avons pris plein de photos, acheté une babiole, ici et là. C’est à la suite d’un orage tropical absolument démentiel et trempé jusqu’aux os que nous nous sommes réfugiés, comme aurait pu le raconter Brassens, et que nous avons couru nous réfugier sous un porche. En y regardant de plus près, les yeux
embués et les vêtements collés au corps, comme dans une pub pour un gel de douche, le
regard se faisant a l’obscurité, nous voyons que ce porche se transforme peu à peu en Eden. Il
s’agit d’un bar, et ce bar vend du vin et surtout ce bar est Français ! Home Sweet Home ! Nous
entrons et nous nous asseyons.

Une vieille dame très bien sous tout rapport entre dans le bar et demande un verre de vin
rouge. Jusque-là tout va bien. « Je voudrais un cabernet », demande-t-elle. Madame sait de quoi elle parle. Le serveur, un gros poupon roux et mal assuré, tourne les yeux vers le plafond. Ce qui en gestuelle du comportement doit surement dire : « Toi, je vais te rouler ma petite dame ». Il baisse le regard vers la dame et lui dit sans sourciller : « Aujourd’hui, j’ai effectivement un Cabernet au verre ». Quelques minutes plus tard, il arrive, assuré comme pourrait l’être le sommelier de la tour d’argent, avec la serviette sous le bras et tout et tout avec…une bouteille de Vieux Papes…pour rappel, le Vieux Papes est peut-être très bon (à dire vrai, je ne l’ai jamais goutté), mais à ce que j’en sais, c’est souvent le vin le moins cher des moins cher dans les supérettes et se targue d’être absolument infâme.

En grattant un peu, toute la carte n’était qu’une vaste fumisterie. On y trouvait de “grands” Cahors avec des étiquettes écrites en gothique et autres vins de pays que je ne donnerais même pas à un évier. C’est tout de même une honte de se dire bar à vin, français de surcroit, et d’essayer d’arnaquer ces pauvres Américains de la sorte. On a quand même, je pense, des vins pas trop chers et potables, pour ne pas tout de suite recourir à l’arnaque la plus lamentable ! Du coup, nous avons pris deux bières ; belges, pour être sûr.

Je disais à Sag Harbor, qu’il y a des erreurs que l’on commet par trop de précipitation. Il y en
a d’autres que l’on commet pour ne pas avoir pris de décision après en avoir reçu plusieurs
avertissements. Après un petit déjeuner rapide, et avant que le soleil ne tabasse trop sévèrement, je décide de partir trottiner autour de l’hôtel.

Le petit corps d’un français s’acclimate assez mal à la nourriture américaine. C’est très gras et
même si vous faites l’impasse sur les viandes (tellement tendres qu’elles en deviennent louches), les légumes vous font prendre du poids. Passé un certain âge, et surtout pour ne pas peser 200 kg, je dois m’astreindre à des moments de course rébarbatifs à intervalles réguliers. À noter que, pour le voyageur, c’est aussi l’occasion de rencontrer une géographie, un quartier, une ville. Je ne dirais pas que c’est une passion, tellement cet exercice m’enquiquine, et m’a déjà valu de belles frayeurs, qui à deux doigts de me faire écraser par une voiture, qui m’a vu m’effondrer lamentablement dans un fossé en pleine nuit ou dernièrement quand j’ai failli me faire dévorer par un ours…tel l’épagneul à l’ouverture de la chasse, je cours droit devant, la truffe au vent, en longeant la mer, une petite trentaine de minutes, prévoyant un minuteur pour m’indiquer qu’il est temps de revenir sur mes pas. Le gout de l’aventure me dicte de changer d’itinéraire. Je passe donc quelques “blocks” vers l’Ouest pour changer d’itinéraire.

Ce n’est pas arrivé d’un coup, mais peu à peu. L’architecture que j’avais vu la veille était toujours la même, mais la peinture était un peu écaillée, çà et là. Les propriétaires étaient aussi un peu moins soignés. Quant à la tenue de leur jardin : ils étaient assez étourdis pour laisser une voiture devant chez eux. Voiture, que d’autres voisins auront allégé des roues et d’une portière ou deux…le premier vrai signe a été quand j’ai croisé un autochtone qui passait l’aspirateur dans sa voiture. Quand il m’a vu il a vite détourné le regards et accelerer le mouvement …hum hum pas rassurant tout ca ! Mais j’aurai bien été content de ne pas voir furtivement l’autoradio qui pendait du tableau de bord…mais au fait, était-ce vraiment sa voiture ? L’histoire ne le dit pas ; avec le recul j’en doute un peu.

Je continue mon périple en marchant cette fois. J’arrive à l’angle d’une rue où trois jeunes ados noirs attendent on ne sait quoi. Sûrement des guides attendant le chaland… je continue, mais je marche un peu plus vite. Tiens, une voiture de police. Lui aussi, a visiblement un truc urgent à faire, puisqu’il roule à une vitesse lui empêchant de voir quoi que ce soit. J’avance un peu plus profondément dans le quartier et tombe nez à nez avec une maison étrange. Elle possède une grosse barrière de bois avec des écriteaux : « Ne pas rentrer ». Jusque-là on est d’accord. Mais, vous savez, on ne sait refait pas…je jette un œil pour voir si on distingue quelque chose. Une cour avec de la terre, une tente au milieu, rien d’autre…cette observation se termine rapidement, puisqu’en avançant, je n’avais pas vu qu’un homme noir sortait de la maison. Sortir est un grand mot, puisqu’il a juste entrouvert la porte et a regardé quel était le con – votre serviteur – qui regardait à l’intérieur. 1m 90 costaud, un “collant” sur la tête, il en était presque un peu cliché. Je me suis gardé de le lui dire et j’ai décidé de rassembler tout ce qui me restait d’enthousiasme question footing et reprendre à petits pas ma course.

Si l’on creuse un peu l’histoire de Charleston, on se rend compte qu’elle a été la tête de pont de la mouvance sudiste pendant la guerre de Sécession et qu’elle a longtemps conservé des “aménagements” sur l’esclavagisme. Plus tard, et en regardant bien, c’est vrai que les blancs sont clients des restaurants et que les noirs sont en cuisine. Mon périple nous apprend que les noirs vivent entre eux, dans des taudis indescriptibles, alors que les blancs s’aménagent des quartiers sécurisés, hors de prix, tout en interdisant l’accès à toute personne n’étant pas du sérail. La ségrégation se poursuit donc, mais peut être plus définitive… Au-delà de cela, nous avons vraiment apprécié la ville.