Être père est une expérience extraordinaire. Voir évoluer ces petits êtres sublimes d’ingénuité et de positivisme est formidable. Le petit Léo a fait ses premiers pas ici et je ne me remercierais jamais assez d’avoir pris le temps de profiter de ce moment. Il y a par contre des étapes du parcours éducatif qui le sont moins et qui nécessitent chez moi un effort plus soutenu, voir même un peu d’inquiétude. En l’espèce je voudrais citer notre visite à Disney. Tout me prédéterminait à détester l’expérience. Peu enclin à éprouver du plaisir dans les files d’attente, contenant mon enthousiasme, avec quelques penchants agoraphobes, quand je me retrouve avec plusieurs centaines de milliers de personnes au même endroit. Tout cela me donnait quelques appréhensions à offrir mes enfants à la souris capitaliste. Toutes ces présuppositions – je suis français, Monsieur – ont absolument explosé en miettes cinq grosses minutes après notre arrivée sur les lieux. Tout est excessivement bien fait. Ils ont créé un univers fantasmagorique formidable pour que l’enfant rêve. Finalement, n’est-ce pas le but d’une éducation réussie, aider nos enfants à rêver ? Ils connaitront assez tôt les problèmes du quotidien et les montants compensatoires, alors aidons-les à rêver !

Ce parc agit comme une montée d’opioïde puissant. Après quelques minutes, toutes mes appréhensions s’étaient dissipées. Je me suis offert, comme un gosse de cinq ans, à la contemplation jouissive de tous ces bonheurs régressifs. Entendons-nous bien, tout ce décorum est absolument abracadabrant, mais finalement « Pourquoi pas ? ». Les gens y sont absolument ravis, heureux, le sourire scotché aux lèvres et les enfants adorent, alors « Pourquoi pas ? ». Personne ne les force. Ils y vont, à ce que j’ai pu en voir,
de leur plein gré, alors qui serrions nous, pour juger des gens heureux.

C’est une machine de guerre infernale. Tout est calculé au millimètre. Il est évident que vous passerez 80 à 90 % de votre temps à attendre, piétinant comme un condamné, dans des chemins serpentant à l’infini, et ce, bien souvent pour une activité qui peut durer jusqu’à…une minute… mais on en redemande ! Surtout que, s’il peut vous arriver de vous décourager, le sourire de votre enfant aura, dans l’instant, la force de taire vos peines.

On peut aussi dire qu’ils font preuve d’une certaine science pour vous prendre les billets que vous avez (ou pas) dans la poche. Pire même, que le regard suppliant de l’enfant vous force à les sortir, et à les donner. Quelques exemples : vous attendez une plombe que votre fille rencontre la princesse de ses rêves. Au moment précis où le regard écarquillé de celle-ci se pose sur son idole, un photographe, comme par magie, immortalise le moment avec son bel appareil. Le père que je suis, regardant vaguement la scène, n’a pas le temps de comprendre. Comme le ferait l’un des meilleurs pickpockets de Châtelet, le photographe bipe un code-barre et insère une carte de visite dans la main de la petite. C’est donc elle et non lui qui, le regard encore plein d’étoiles, vous remet la carte. Ceci, avec pour mission de vous attendrir pour que le soir même, épuisé par la journée (alors qu’elle, pas du tout), saute sur le lit, en vous criant : « Papa Papa, les photos ! Papa Papa, les photos ! ». Et vous, le regard vide, encore sous le choc de la journée infernale, rassemblez les quelques forces qui vous restent pour ouvrir l’ordinateur, l’allumer et constater que vous êtes fait comme un rat. La photo s’affiche, elle est maintenant barrée d’un filigrane arborant une grosse tête de souris et la sentence tombe : il m’en coutera 119$… je vous prie par avance, d’excuser ma grossièreté, mais…l’enculé !