Quelle étrange sensation ! Nous sommes arrivés à “Phily” dimanche dans la journée. Nous avons tout de suite entamé une visite de la ville. Méthodique, cinq « blocks » par-ci, cinq « blocks » par-là. Visite d’un parc public. Cette ville est très étrange. Il se dégage des sentiments très divers : la vie est calme, les gens sont décontractés, lisent dans les parcs, se baladent, discutent sur les bancs. Une ville tranquille et décontractée. Il y a aussi beaucoup de homeless qui vivent au milieu, on pourrait dire dans leurs jambes. Ils mendient sans agressivité. Tout cela est pour le moins absolument normal, mais on a l’impression qu’il manque quelque chose au tableau, comme si la ville était en suspens.

En faisant quelques recherches, on constate que tout au long de son histoire, la ville a
méthodiquement raté tous ses rendez-vous. Sans cesse en lutte contre NY pour le statut de
place forte de l’économie; c’est finalement NY qui l’a emporté. Quand il a fallu choisir une
capitale, c’est Washington qui a été choisi. Loin de moi l’envie de juger si c’est bien ou mal. À
dire vrai, je m’en contrebalance, mais c’est la seule explication que j’ai pu donner à cet état
« entre-deux ».

Le lendemain, cette sensation se confirme, avec même parfois l’impression qu’a certains
endroits, la ville n’a pas évoluée depuis les années 20. C’est la 6e ville des États-Unis, mais
dans le centre, vous ne verrez pas de grands axes marchands, comme on peut en retrouver dans les autres grandes villes de cette taille (1,5 million d’habitants intra-muros, pour un total de 6 millions).

En grattant un peu, il semblerait qu’il y avait énormément de violence dans les années 70/90
et que le centre-ville s’est peu à peu vidé de près de 500 000 personnes, ce qui explique
que des quartiers entiers de la ville soient encore dans leur jus. Ce mouvement migratoire est
encore d’actualité. Nous avons vu énormément de maisons à vendre. Au niveau ethnique, la
ville se sépare à égalité entre les blancs et les noirs (même si les noirs l’emportent largement
en ce qui concerne le nombre de laissés pour compte.) À noter que la part des gens en dessous du seuil de pauvreté (soit 14 000 $ pour un couple) est de 24,5%, ce qui est
considérable (le taux moyen aux États-Unis est de 13,5 %). Nous entrevoyons ici les deux
Amériques : la première des Hamptons et celle des laissés pour compte.

Plus tard, nous sommes allés dans le quartier historique, là où l’Independence a été décrétée. Le nouveau Musée de la constitution (nous le verrons plus tard, les Américains ont une vraie science de la muséographie) est très intéressant et je vous conseille de vous y rendre. À grand renfort de films à grand spectacle avec comédiens et explosions, ils nous retracent la vie de
Georges Washington, first Commander in Chief. Tout tourne autour de la tente
emblématique dudit général. À la fin du film, le clou du spectacle : l’écran fond au noir, puis
dans l’obscurité, se lève devant nos yeux, la tente du général Washington. Derrière une grande vitre pare-balles de 2 mètres de haut, on ne sait jamais, d’ici qu’un fou vienne endommager la sainte relique.

On ressent un pays en recherche de symboles. Preuve en est la présence des drapeaux
américains devant énormément d’administrations et de maisons individuelles, mais aussi, l’hymne chanté religieusement, à la plupart des réunions publiques. Cette recherche de symboles, on la retrouve aussi dans la culture des cow-boys, du superhéros et des stars hollywoodiennes.

Mettre le drapeau de son pays devant chez soi n’est pas un acte anodin. Il dénote un sentiment
nationaliste qui dépasse la posture. C’est un réel sentiment de fierté et de devoir personnel
que chacun ressent au plus profond de lui-même. Il n’est pas rare de voir les laissés pour
compte afficher le drapeau. Ceci, car même s’ils en veulent aux élites, aux républicains et aux banques, ce n’est jamais contre l’Amérique qu’ils se dressent. L’Amérique, c’est une certaine
idée de l’Amérique, ce sont les idées défendues dans leur constitution, l’égalité et le droit à la
poursuite du bonheur.

Et ben voilà, patatras, moi qui m’étais laissé bercer par ces belles idées …la Géorgie veut rendre l’avortement illégal…incorrigibles Américains. Allez, consolons-nous en nous disant qu’il y a des cons partout.

Nous irons voir, nous verrons bien.

Pour rester sur une note positive, retenons ces mots de Benjamin Franklin.

“La bière est la preuve que Dieu nous aime et qu’il veut nous voir heureux. “