Nous sommes allés à Plymouth Plantation. C’est une reconstitution d’un village indien avec de vrais bouts d’Indiens dedans, avec peau de bête et tatouage et tout et tout – tente, séchoir à peau le long du fleuve El River. Reconstitution d’un premier village comme ils étaient à leurs débuts. Les bâtisses sont réalisées à l’identique, avec le mobilier ramené avec eux sur le bateau ou fabriqué sur place. Des bénévoles habitent les maisons, travaillent devant les fours et répondent aux questions que vous leur posez, pour aller jusqu’au bout, ils utilisent un vieil accent anglais et roulent les r. Tout est fait pour que le spectateur soit en parfaite immersion dans le 17e siècle.

À dire vrai, on se prend plutôt au jeu, et on éprouve un certain plaisir. Les souvenirs d’enfance remontent et on se rappelle les moments où l’on jouait à imaginer ces époques perdues. Vous entrez dans une maison dans la pénombre, vous sentez l’odeur de bois brulé, vous voyez une vieille femme en train de pétrir la pâte, un plat en train de mijoter. Tout y est ! Si jamais vous posez une question concernant l’époque actuelle en faisant référence à l’automobile ou au téléphone portable, ils feront semblant de ne pas comprendre ce que vous dites.

Le site est à la charge et au bénéfice des Amérindiens. Ici, on ne dit pas Indien mais « Native
American », terme politiquement correct qui ferait dresser l’oreille du psychanalyste-ethnologue. Un premier trauma natif peut-être ? Reprenons la définition du trauma en psychanalyse. Le traumatisme est un « échec » en rapport avec la dépendance (D.W. Winnicott, 1965), car il « rompt l’idéalisation d’un objet au moyen de la haine d’un individu, en réaction au fait que cet objet n’a pas réussi à atteindre sa fonction », il provient de « l’effondrement dans l’aire de confiance à l’égard de ‘l’environnement généralement prévisible’ ». Rompre l’idéalisation d’un objet qui n’a pas réussi à atteindre sa fonction… effectivement il aurait été plus simple que le sauvage ait été sauvage et que le blanc l’ait aidé à sortir de son ignorance.

Malheureusement, la réalité est tout autre et nous aurons du mal à dire autre chose que : « Des
colons sont venus exterminer un peuple qui n’avait rien demandé à personne ». Il plait aux Américains actuels de penser que tout est arrivé parce que cela devait arriver, grâce
à l’intervention divine. Mais finalement, le fait d’avoir très gentiment exterminé un peuple,
méthodiquement, implacablement, pose problème. Il faut donc mettre une sorte de voile de
pudeur sur ce qui reste : un caillou dans la chaussure de l’image d’Épinal. L’expression la plus
adaptée serait : mettre un mouchoir sur son tas de merde.

Pour ne pas tomber dans le manichéisme extrême, on peut tout de même respecter le projet de
ces femmes et de ces hommes qui sont partis sur une coquille de noix braver l’océan
Atlantique a la recherche d’un monde meilleur. C’est ce que l’on sent très fortement à notre arrivée aux États-Unis. C’est que l’idée défendue vaut finalement plus qu’un nationalisme primaire (à l’exception de quelques fous dangereux d’extrême droite suprématiste ou autre adepte du KKK). La question est plus de savoir quelle sera votre capacité à défendre l’idée d’un monde meilleur. C’est une terre d’immigration, immigration primitive, puis par vagues, ce sont les Italiens, les Irlandais, les Africains qui ont construit ce pays, autour de l’idée d’Eldorado de liberté, pas les Natives Americans.

Plus tard, nous sommes descendus vers le sud pour atteindre la ville de Newport bourgade.
Ultra friqué, siège de l’America’s Cup, pas vraiment le centre nautique de Vieux-Boucau, et le lieu de villégiature des Vanderbilt et autres industriels immensément riches du 19e.
On lira sur l’histoire de la ville : “Après avoir été un important port pour le commerce
d’esclaves, Newport est devenue une destination balnéaire huppée au début du XXe siècle.”

A part ça la chambre de l’hotel que nous avons réservé a Newport avait sa fenêtre principale qui donnait sur la terrasse d’un pub; le O’ Brian. Le Mercredi soir au O’ Brian c’est karaoké. Je n’en dirais pas plus.