Je me le suis souvent dit : « Je devrais passer plus de temps avant de valider trop vite les choses ». Et à chaque fois, ce n’est qu’une fois l’erreur commise que je me rappelle le serment que je m’étais fait précédemment.

Dans cette idée, il nous arrive quelque chose d’étrange, que je n’avais pas vraiment prévu. J’ai
un peu vite effectué la réservation sur Airbnb. Tel le moustique attiré par le pare-brise, je me suis laissé bercer par l’idée que mon génie, enfin récompensé, et ma chance s’étaient associés
pour trouver “La” perle rare, le Graal, le rêve inatteignable. Une maison sublime
excellemment située à deux pas du centre-ville, sur le bord d’un petit lac, avec même un petit canoë offert à l’aventurier intrépide et évidemment, pour la moitié de ce que m’aurait coûté un hôtel. Force, Gloire et génie !

Patatras, nous voilà dans la magnifique ville de Sag Harbor, sur l’île de Long Island dans une
maison effectivement magnifique donnant sur une baie sauvage. Sublime ! Pour info, Sag Harbor est une ville au bout de la presque-île de Long Island. Là, où les yuppies, jeunes
cadres prétentieux et sans scrupules et autres banquiers d’affaires, connus pour leur capacité à
laisser un petit français arrivé de nulle part profiter de bonnes affaires, aiment à passer les Week-ends.

Pour faire simple, vous partez de New York pour traverser l’East River. Vous êtes sur Long Island ; Brooklyn et le Queens en font partie. À 2 heures de voiture, vous arrivez à Montauk en passant par un chapelet de petites villes que l’on appelle ” Les Hamptons “. Si vous souhaitez le prononcer avec l’accent local, le dire avec affliction.

En bref, Sag Harbor est une bourgade très simple et sans chichi si l’on a avec soi un compte
en banque à 8 chiffres, une Bentley continental et un petit chien à la con. Le seul petit hic au tableau paradisiaque, car il y a un hic (et une fois relue l’offre Airbnb, c’était effectivement noté très clairement), c’est que je n’avais pas loué la maison, mais l’une
de ses chambres… Nous nous sommes retrouvés aux mains d’un couple de retraités qui a
fait de ce business une entreprise des plus lucratives qui soient. Sur le temps de notre passage,
qui dura 3 nuits, nous avons vu passer 3 couples différents. À 250$ la nuit, je vous laisse
imaginer la mine d’or. C’est un peu comme une colonie de vacances, mais pour adultes.

La stupéfaction passée, il s’agit en fin de compte de gens adorables. Le week-end, le banquier met une salopette et part ratisser l’herbe d’une propreté irréprochable, en n’oubliant pas d’aller à l’épicerie du village, évidemment BIO. Les plus téméraires iront et il faut tout de même prendre conscience du risque que prennent ces gens en vieille mustang décapotable.

Nous apprendrons plus tard que c’est ce qu’ils appellent le Saint-Tropez américain. Ce qui
m’étonne, c’est l’ambiance décontractée, allure faussement basique : t-shirt un peu troué (ma
choupette), tennis fatigués et un café à la main. On leur donnerait presque une pièce parce
que l’on sait que l’on est entre soi : peu de noirs, aucun hispanique, une poignée de Russes, aucun danger imminent !

Il n’empêche que l’endroit est magnifique et a échappé au bétonnage systématique que l’on peut voir sur les côtes espagnoles. Comme quoi, y’a pas à dire, les banquiers savent vivres…