Éloge de la laideur. Nous sommes arrivés dans la ville en début d’après-midi. Nous avons mis les pieds dans un monde étrange fait de couleurs vives, acidulées, d’enseignes néons, de Resort Hotels gigantesques.

Peu à peu, sans nous en apercevoir, le piège s’est refermé. Telle la grenouille ne sentant pas
l’ébullition arriver, nous nous sommes laissés piéger dans ce sarcophage à ciel ouvert. Tout le
monde est très bronzé, très vieux et très gentil. On marche, on fait du sport, il n’y a plus
aucun souci. Les plages sont magnifiques, l’eau cristalline et finalement on s’y fait assez bien. Par contre, il faut tout de même un temps d’adaptation, tel l’homme sortant d’une grotte dont l’œil demande un temps d’adaptation à la lumière. Il faut s’habituer à la débauche de dauphins, de flamands roses, de tortues de mer, de trompe-l’œil vénitien et de couleurs rose bonbon.
Où le regard se pose, il est à peu près certain de tomber sur une immondice, mais finalement
pourquoi juger ? L’intention n’est-elle pas louable ? Que pouvons-nous sincèrement leur
reprocher ? D’en avoir un peu trop fait sûrement. Mais l’idée n’est-elle pas de procurer du
plaisir, de donner à voir une face d’un monde idyllique où tout serait comme dans un conte
de fées, des palais vénitiens partout, des hôtels sortis des abysses, des sirènes venues sur terres
Illuminer le monde ?

Ici, il n’y a plus de problèmes et l’homme pressé dépose les armes. Laissez-moi buller en paix
avec une pina colada et un bout d’ananas surdimensionné accroché à mon verre. L’ananas,
trempez-le dans le curaçao et qu’il deviennent plus turquoise ! Oui un ananas bleu turquoise,
ce serait formidable ! Rajoutez-moi de la crème coco dans le verre, c’est très bien comme ça !
Dorénavant, je veux que l’acidité maximum supportée par mon corps soit celle de la crème
coco.

Saint Petersburg est une banlieue de Tampa et une presqu’île d’une quarantaine de km séparant la mer des Caraïbes d’un lagon morcelé, laissant la possibilité à d’innombrables villas d’installer des petits pontons, avec bien souvent un gros bateau à moteur devant. Plus, c’est mieux !

Nous ne sommes finalement pas les seuls à apprécier l’endroit, puisque nous avons loué une
voiture et avons roulé tout droit le long de la côte, pendant plus d’une heure, et n’avons pu
voir une seule respiration de nature. Tout est habité, de la presqu’île, ils n’en ont rien laissé.
Comme un morceau techno aux patterns récurrents, l’œil rentre dans le rythme : un hôtel
gigantesque, un motel, un Beach Resort, une boutique de plage, un hôtel gigantesque, un
motel, un Beach Resort, une boutique de plage, un hôtel gigantesque, un motel, un Beach
Resort, une boutique de plage…Beaucoup offrent des cocktails, parfois un restaurant de poisson, mais toujours on retombe sur le même pattern, à n’en plus finir. L’idée n’est pas d’habiter ensemble, mais ensemble par paquets dans des hôtels. Ils n’y pas de lieu communautaire. Dans chaque hôtel, sa tribu. Dans chaque hôtel, la fin du monde.