Ce qu’il y a d’agréable dans ces villes, c’est que ces bâtisseurs ont vu grand. Des grands boulevards magnifiques, des grands parcs, de larges voies de circulation.

Voies de circulations, qui d’ailleurs ont failli être le théâtre de notre dernière représentation familiale. En effet, si par mégarde vous ne respectez pas scrupuleusement le temps imparti pour traverser la route, vous risquez de vous retrouver comme nous le fûmes en plein milieu de la route. Dans ce cas-là, comprenez une chose : ici, le roi, c’est la voiture, et elle sait vous le rappeler. Pas de quartier ! Et voici notre triste caravane en déroute à courir avec poussette, sac à langer dans une désorganisation terrible.

Autre chose, on ne se rend pas compte, mais pour nous, européen, il est très difficile d’appréhender les distances. Tout d’abord, parce que tout est en Miles, ce qui correspond à 1,6 km, preuve qui leur en faut toujours plus…tout est affreusement loin et j’ai bien failli perdre une partie de la troupe en route. J’ai vu dans leurs yeux le doute quand, après une heure de marche, nous n’avions toujours pas rejoint la Maison-Blanche, pourtant au milieu du National Mall, qui sous mon doigt représenté un petit carré vert au milieu de la ville ( il ce revela avoir finalement des arretes de 3.2 Km ) . Il nous a fallu le reste de la journée pour aller jusqu’au Lincoln Memorial et revenir.

Plus tard, en nous baladant dans la ville, nous avons observé le fameux charme discret du fonctionnariat. Ce doit tout de même être un peu chiant si on y reste trop longtemps, je pense. Ça me fait penser à une phrase de Jeremy Clarkson, animateur de l’émission automobile Top Gear, qui en parlant de propriétaire de voiture Audi disait : ” C’est quelqu’un qui est poli, ne bois pas d’alcool et qui s’entend bien avec ses beaux-parents. Personne n’a envie d’avoir un ami comme ça.”

Le soir, la troupe a éteint les feux rapidement et nous avons pu, Émilie et moi, voir l’horloge défiler jusqu’à bien 21h32, après quoi nous nous sommes effondrés.

Nous apprendrons plus tard que le quartier était particulièrement calme. Ce n’est donc visiblement pas partout pareil. Nous avons pu assister à l’arrestation d’un pauvre type, nous ne saurons jamais ce qu’il avait fait, mais il y avait un tel déploiement de voitures et sirènes hurlantes que l’on avait de la peine pour lui. Des policiers surmusclés l’ont attrapé et l’ont fracassé. Mon Dieu, mais que mange-t‘ils ? Ils sont énormes des bras, des jambes, du cou, de tout…

Ce pays est définitivement capable de tout, même de l’ignorance la plus terrible. Celle-là même qui a amené Trump au pouvoir (que les chroniqueurs de télé n’hésitent pas à appeler : ” Le bouffon “). Imagine-t-on en France Emmanuel Macron être appelé ainsi par Jean-Michel Apathie ? Malheureusement, avec la montée possible des populismes et l’élection potentielle d’une personnalité du Rassemblement national, on peut imaginer que nous en arriverons à de telles extrémités de familiarité et de cassure entre les gens.

Comme disait Lellouche ” Le pire n’est jamais décevant “.

On a du mal à imaginer ce qu’ont pu ressentir tous les démocrates, intellectuels, érudits ou tout simplement le petit gars du peuple, à l’annonce de l’élection de Donald Trump. Cela a vraiment dû leur faire du mal ; quand on en parle, certains s’excusent. J’ai pu ressentir un sentiment approchant en apprenant le départ de la Grande-Bretagne de l’Union européenne avec un sentiment mêlé de tristesse et de résignation.

Les musées sont pour la plupart gratuits et magnifiquement scénographiés. À noter le Spy Museum, le Musée d’histoire naturelle, mais surtout (tiens mon fils hurle…c’est le moment de mettre mon casque audio et de faire le mec absorbé en lutte pour le Nobel…)

Le Musée de la cause africaine. Le musée résume les 3 siècles d’histoire des noirs américains, de l’arrivée des premiers esclaves à nos jours. On a beau l’avoir entendu et vu à de nombreuses reprises, on a du mal à appréhender ce qu’a pu être ce moment de l’humanité. La ségrégation, quand on le lit, on n’imagine pas le temps que ça a duré, les souffrances que ces hommes et ces femmes ont dû endurer : la cabanes des esclaves dans les plantations, l’histoire des quelques chanceux qui ont réussi à s’émanciper et lutter pour leurs coreligionnaires, les panneaux qui interdisaient l’accès des noirs aux les restaurants, la robe de Rosa Park et enfin, le succès d’Oprah Winfrey ; la première milliardaire noire à avoir créé sa propre fortune. Tout est polarisé sur le succès d’Obama, qui reste dans le schéma du peuple opprimé ; la victoire des victoires. Malheureusement son programme était centré sur la classe moyenne, mais pas vraiment sur ce qui fait le gros de la troupe noire américaine : les gens très pauvres. Je citerais en substance, car je n’arrive pas à retrouver la phrase exacte : « Ce qui est important, ce n’est pas que les fils d’ouvriers deviennent des patrons, mais c’est que les patrons se rappellent qu’ils ont été fils d’ouvriers. “